Afin de comprendre l’approche de l’ouvrage de Pisani et Piotet il faut d’abord en comprendre les auteurs. Tous les deux sont issus de la même formation en sciences humaines (l’Institut d’études politiques de Paris, appelé aussi Science-Po). Pisani, également juriste et docteur en sciences politiques, est issu d’une très longue carrière dans la presse avec en particulier une activité journalistique en tant que correspondant en Amérique latine pour de nombreux journaux. Homme de l’écrit, il poste depuis Octobre 2004 quotidiennement des articles sur son blog transnets dédiés à l’actualité des technologies dans la Silicon Valley où il vit. Piotet, économiste de formation, est davantage un homme de l’entreprise. Passé par la direction stratégique des services électroniques de la Poste, il dirige aujourd’hui la filiale américaine de l’Atelier, l’entité dédiée aux nouvelles technologies d’une grande banque francaise.
Comment le web change le monde propose une analyse factuelle des progrès accomplis par le web et offre un panorama des innovations en terme de services proposées par les entrepreneurs de la Silicon Valley. La thèse principale défendue par l’ouvrage est celle que le world wide web appartient désormais à ses utilisateurs que Pisani et Piotet nomment webacteurs. Que l’on l’appelle web 2.0 ou alchimie des multitudes, cette révolution, semblable à celle qui a vu le PC remplacer l’architecture terminal-mainfraim, est incontestable. Ils dépeignent alors les stratégies mises en place par les webacteurs pour contourner les tentatives “institutionnalisantes” des grands groupes issus de l’ancienne économie et qui auraient certainement préféré faire du web un terrain commercial adapté à leur ancien modèle. Ces stratégies sont simples à expliquer, ouvrir à tous les plateforme à la collaboration, accumuler les données, les mettre en relations et favoriser la diversité.
Dans une deuxième partie, ils abordent les conséquences principalement économiques de cette prise de pouvoir des webacteurs sur la conception des services et des logiciels, et sur la manière de créer de la valeur en utilisant leur contribution. La dernière décénnie a vu l’apparition des logiciels libres comme alternative sérieuse au modèle payant y compris pour le grand public, elle a également été très influencée par l’apparition de la gratuité (des outils de recherche, de stockage, d’information, etc) et a vu le triomphe de la publicité contextuelle comme moyen de financement. Les conséquences sont également non négligeables dans le domaine du travail et de l’entreprise qui tendrait, selon les auteurs, à se dissoudre dans une logique de réseaux extérieurs pour compenser le déficit d’interconnexion en son sein (dus aux problème de hiérarchie, de sécurité informatique, etc.).
Très sourcé en citations de blogs américains, tout au long de l’ouvrage, Pisani et Piotet livrent exemples, et des entretiens menés avec des experts, tous professant dans la Silicon Valley. C’est une originalité de Comment le web change le monde, c’est aussi une de ses limites. On y reviendra.
